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Lexique spinoziste

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27 termes approfondis, de Absolu à Vie ...

Absolu

à entendre comme "absolument", toujours en position subordonnée, ou seconde, par rapport aux notions centrales du système, qu'il contribue à déterminer et à préciser.

Etymologiquement "absolu" signifie "délié", sans relation, donc autonome ou auto-suffisant; en un sens ce sont bien là les caractéristiques du Dieu de Spinoza (sans extériorité). L'absolu au sens spinoziste tire alors vers le complet, l'achevé, le parfait.

Absurde

angoisse existentielle réelle à partir de laquelle et contre laquelle s'est édifié la doctrine de l'Ethique. Un monde absurde serait un monde "sans ordre" dans lequel les combinaisons chimériques deviendraient possibles.

Accompagner

intimement lié à l'exposé spinoziste de la doctrine des affects : "L'amour est une joie qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure", et "la haine est une tristesse qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure."

Adéquate

employé toujours au féminin pour caractériser une idée ou une connaissance : " Par idée adéquate, j'entends une idée qui, en tant qu'on la considère en soi sans rapport à l'objet, a toutes les propriétés ou dénominations intrinsèques, pour exclure celle qui est extrinsèque, à savoir la convenance de l'idée avec ce dont elle est l'idée."

Affect

la doctrine des "affects" (affectus), objet explicite de la troisième partie de l'Ethique, se développe encore dans les parties 4 et 5. Se différencie (tout en maintenant la ressemblance) avec "affection", et se comprend par référence à la vie affective : désigne ce que l'on nomme généralement "passion" ou "sentiment", l'amour, la haine… etc.
Les affects sont en effet d'abord des "passions", mais Spinoza s'exprime généralement en termes d'affect plutôt que de passions, les affects n'étant pas tous passifs à ses yeux ne méritent pas tous la qualification de "passion". L'auteur entend par affect les affections du corps par lesquelles la puissance d'agir de ce corps est augmentée ou diminuée, secondée ou réduite, et en même temps les idées de ces affections. Donc défini par référence à "l'affection" l'affect est ainsi essentiellement "l'idée d'une affection du corps", si bien que les affects des hommes reproduisent, dans l'ordre de la pensée, les affections du corps humain. Et de même que toute affection de notre corps en augmente ou en réduit la puissance d'agir, de même parallèlement l'affect correspondant augmentera ou réduira notre "puissance de penser". Les affects sont ainsi les noms des constantes fluctuations, en plus ou en moins, de notre puissance. Et à ce titre ils sont tous, à des degrés divers, des composés de la "joie" et de la "tristesse".

Affection

La constante bivalence de la notion d'affection (à la fois chose singulière et altération d'une chose singulière, à la fois active comme affection de la substance et passive comme altération de tel ou tel corps humain) fait donc système avec la double détermination des affects (actifs et passifs) et de la nature (utile ou nuisible), doubles déterminations qui sont autant de conditions de possibilité du renversement et de la libération éthiques.

Affirmation

Tantôt une position dans l'existence (affirmer son caractère), tantôt l'indication d'un discours (affirmer qu'on a fait la guerre). Tout l'intérêt et toute la difficulté de la doctrine spinoziste de l'affirmation proviennent de cette dualité.

Ame

définie peu à peu dans la seconde partie de l'Ethique comme "l'idée du corps", conception entièrement nouvelle et originale de l'âme, et de ce fait du problème classique de l'union de l'âme et du corps. L'âme n'assure plus le lien entre les parties du corps et n'est pas non plus le maître ni l'esclave du corps… elle en est l'idée, le strict équivalent sur le plan de la pensée de ce qu'est le corps sur le plan de l'étendue. Spinoza distingue l'idée que l'âme est du corps, et celle que l'âme a du corps. L'âme ne se connaît elle-même qu'indirectement, par la connaissance des affections du corps ; cette connaissance étant inadéquate, l'âme n'a d'elle-même qu'une connaissance inadéquate. Cependant l'âme, pas plus que l'entendement, n'est condamnée à l'impuissance et à la servitude. L'effort propre de l'âme, en effet, c'est à dire son essence, est de comprendre ou de raisonner : "les yeux de l'âme, par lesquels elle voit et observe les choses, sont les démonstrations elles-mêmes."
La doctrine de l'âme est ainsi à la fois une doctrine des facultés (mémoire, imagination, entendement), une doctrine de la connaissance (raison, science intuitive, ouï-dire), une doctrine des affects (désir, joie, tristesse, et leurs composées), et une doctrine du salut (contentement, joie, béatitude), sans que jamais le lien d'essence au corps ne soit relâché.

Amour

sujet principal des Dialogues du Court traité, il est aussi au centre des préoccupations existentielles du début du Traité de la Réforme de l'Entendement : "toute notre félicité et notre misère ne résident qu'en un seul point : à quelle sorte d'objet sommes-nous attachés par l'amour ?". L'auteur ne se demande pas ce qu'il aime, mais ce qu'il faudrait qu'il aime. Dans l'Ethique, la doctrine de l'amour se développe selon la hiérarchie de "l'amour ordinaire", de "l'amour envers Dieu", et enfin de "l'amour intellectuel de Dieu", qui ne se distingue plus de la béatitude.

Attribut

"Par attribut, j'entends ce que l'entendement perçoit d'une substance, comme constituant son essence". L'attribut ici s'y dit d'une substance et non plus d'un sujet (comme dit traditionnellement), et il constitue l'essence même de cette substance.
Spinoza ne dit pas que l'attribut "est" l'essence de la substance, mais qu'il est "ce que l'entendement perçoit" d'une substance "comme constituant son essence". Ce que l'on a appelé le "parallélisme" désigne les attributs qui sont autant d'expressions, sur des plans qui ne se recoupent jamais, d'une seule et même réalité, c'est à dire d'un seul et même ordre, ou d'un seul et même "enchaînement des causes". Et comme Dieu, chaque chose singulière, chacun de nous par exemple, se trouve ainsi exister simultanément sur une infinité de plans, dont nous ne connaissons que deux : une seule et même chose singulière s'exprime simultanément sous forme de pensées (âme), d'étendue (corps), et sous une infinité d'autres. Mais la connaissance de notre essence ne s'en trouve pas diminuée pour autant : elle est en effet identiquement exprimée dans chacun des attributs. De même, le fait que nous ne connaissions que deux des attributs de Dieu ne nous le rend pas mystérieux : un attribut exprime l'essence de Dieu dans sa totalité, et non un "fragment" de cette essence. Voilà pourquoi " la connaissance de l'essence éternelle et infinie de Dieu qu'enveloppe chaque idée est adéquate et parfaite".

Augmenter

"L'augmentation (ou la diminution)" de la "puissance d'agir (ou de penser)" sont les concepts centraux de la théorie des affects, développée dans les parties 3 et 4 de l'Ethique. L'augmentation ou la diminution de la puissance d'agir s'accompagne en effet, selon le parallélisme, d'une diminution ou augmentation de la puissance de penser. De là, immédiatement, les définitions des deux affects fondamentaux de la joie et de la tristesse, qui, bien que définis en termes de "passage de l'âme à une perfection plus grande, ou moindre" ne sont rien d'autre que des augmentations ou des diminutions de la "puissance de penser".

Connaissance

les célèbres "genres de connaissances" spinozistes ne sont plus des facultés séparées et distinctes, mais des parties, des degrés d'une seule et même activité. Répéter une recette apprise sans la comprendre relève d'un premier genre de connaissance, procéder en opérant selon des règles de l'arithmétique, et en étant capable de montrer le caractère universel de la règle que l'on applique relèvera toujours d'un second genre de connaissance. Trouver la solution dans une intuition claire, directe et immédiate relève d'un troisième genre de connaissance, réalisant l'accord toujours espéré du rationnel et du singulier, du discursif et de l'intuitif.

Désir

Malgré le "rationalisme absolu" qualifiant la philosophie de Spinoza, le désir y est pourtant défini comme "l'essence même de l'homme", mais l'auteur y entend autre chose que ce que le sens commun entend par désir. "Chaque chose s'efforce de persévérer dans son être", cet effort est son essence et lorsqu'on le rapporte à l'Homme, il peut prendre les noms de volonté, d'appétit, ou de désir. Le désir, "effort pour persévérer dans l'être", est donc l'essence même de l'homme en ce qu'il est l'essence de toute choses : il relève donc aussi bien de la physique, de l'ontologie, ou de la politique ("le droit naturel de chacun s'étend jusqu'où s'étend son désir"…) que de la psychologie ou de la physiologie.

Dieu (ou la Nature)

Pour Spinoza, il n'y a pas plusieurs, mais une seule réalité. La célèbre expression "Dieu ou la Nature" résume ainsi un monde sans extériorité, sans transcendance, un monde qui n'a pas de Dieux parce qu'il est Dieu - double détermination permettant de comprendre, dans une certaine mesure, le double mouvement d'enthousiasme et de scandale historiquement suscité par la philosophie de Spinoza.
La première définition de l'Ethique est celle de "la cause de soi" : "Par cause de soi, j'entends ce dont l'essence enveloppe l'existence, autrement dit, ce dont la Nature ne peut se concevoir qu'existante". L'Ethique d'ailleurs, n'est autre que le développement de la "cause de soi", une "Nature naturante"

Essence

"Je dis appartenir à l'essence d'une chose ce qui , donné, pose nécessairement la chose, et qui, ôté, l'ôte nécessairement ; ou encore ce sans quoi la chose ne peut ni être ni être conçue, et qui inversement ne peut sans la chose ni être ni être conçu". Spinoza superpose ici la conception traditionnelle à son pur et simple renversement, en établissant ainsi une symétrie parfaite entre une chose et son essence : l'essence étant essence de la chose, et la chose essence de l'essence. Le mathématisme profond de l'auteur démontre en prenant l'exemple de l'affirmation "les trois angles d'un triangle égalent deux droits", et soulignent d'abord qu'une telle affirmation ne peut être conçu sans le triangle, et que inversement, le triangle ne peut ni être conçu sans cette affirmation.
Le modèle mathématique permet à Spinoza la rationalisation complète de la Nature naturée, et offre la possibilité d'en prendre une connaissance adéquate ; en outre il permet de concevoir l'unité d'un individu ou d'une chose singulière sous la multiplicité et la variabilité de ses comportements et de ses apparences.

Etat

défini dans une acception politique, ce terme est "droit que définit la puissance de la multitude" . Ce n'est rien d'autre que le droit de nature lui-même, déterminé par la puissance non de chacun, mais de la multitude lorsqu'elle est conduite comme par une seule âme , autrement dit, tout comme chacun à l'état naturel, le corps politique entier, avec son âme, a autant de droit qu'il vaut par la puissance. De ce point de vue la démocratie est clairement, aux yeux de Spinoza, l'horizon de la politique : c'est le "régime absolu" dirions-nous, qui indique l'idéal de tout régime politique, dans lequel les forces de tous sans exception composeraient la puissance publique.

Etre

Spinoza entend Dieu par "être absolument infini", qu'un traducteur,tenant compte du participe présent, a traduit de préférence par étant absolument parfait. Dieu en effet n'est jamais déterminé.

Individu

se rapproche de la conception du sens commun en ce que les individus y sont considérés comme des composés, pourvu d'une unité de composition, qui permet de les distinguer les uns des autres, et assure leur permanence malgré les variations qui peuvent intervenir en eux. Mais s'en distingue beaucoup en ce que les individus y sont également considérés comme les composants d'autres individus.

Liberté

Comme beaucoup d'autres philosophies, le spinozisme décrit et dénonce la servitude des hommes, décrit et vise leur liberté. Est libre ce qui se détermine par soi-même à agir, est au contraire contraint ce qui est déterminé à agir par autre chose. Mais "se déterminer par soi-même à agir" signifie non pas "faire ce que l'on veut", mais obéir à la "nécessité de sa propre nature". La liberté étant nécessité intérieure, et la contrainte nécessité extérieure, il ne s'agira donc pas d'échapper à la nécessité mais conformément à un schéma assez classique de la sagesse, de s'accorder avec elle.
Si la Liberté est l'action faite sans obéissance à une détermination extérieure, seul Dieu (à qui rien n'est extérieur) sera, à proprement parler "cause libre". L'homme ne sera donc libre, par conséquent, qu'autant qu'il s'insérera dans la rationalité divine : c'est à dire qu'il agira et pensera selon la Raison. Parvenu à ce point la liberté ne se distingue plus de la béatitude, du salut, ou de la vertu. Les hommes ne naissent sans doute pas libres, mais l'homme libre, modèle d'humanité, peut être décrit : il "ne pense à rien moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie".

Modèle

Le modèle est ce que vise une ressemblance. La réflexion sur le modèle dans la philosophie de Spinoza se développe d'une part à propos de la théorie des idées, et d'autre part à propos de la nature humaine.
Sous l'influence cartésienne, Spinoza établit entre une idée et son objet la double relation de cause à effet et de modèle à image. Une idée est en effet l'effet d'une certaine cause. Ensuite, l'idée est effet, mais aussi image de sa cause-modèle.
Spinoza déclare aussi désirer "former une idée de l'homme" qui puisse valoir comme "modèle de la nature humaine", ce modèle se voit conférer un rôle de premier plan dans la démarche spinoziste vers la liberté.

Nécessaire (contingent, possible, impossible)

"Il n'est pas de la nature de la raison de contempler les choses comme contingentes, mais comme nécessaires". La philosophie de Spinoza, rationalisme absolu, est donc une philosophie de la nécessité par où elle peut être rapprochée d'un fatalisme. Le nécessaire cependant ne s'oppose pas au libre mais au forcé, c'est à dire ce qui obéit à une nécessité extérieure, ou au contingent.

Ordre

Le mot "ordre" apparaît dans le sous-titre de l'Ethique "démontrée selon l'ordre géométrique". L'exposition selon l'ordre géométrique de la rationalité s'accorde en profondeur avec l'ordre de la nature, lui-même rationnel, nécessaire, fondé en Dieu.

Puissance

On oppose, depuis Aristote comme dans la conversation courante, ce qui est "en puissance" à ce qui est "réalisé", ou "en acte". Ce qui est "en puissance" enveloppe un incomplet, inachevé, ou à réaliser. Chez Spinoza au contraire, la puissance est positivité, être, affirmation. C'est une position originale et difficile.
Ainsi, "la puissance de Dieu est son essence même", autrement dit il n'y a pas à distinguer en Dieu l'être de l'agir : "la puissance de Dieu n'est rien d'autre que l'essence agissante de Dieu". Ou encore "l'effort ou puissance de l'âme est son essence même", l'identification de l'essence et de la puissance est ainsi valable universellement, dans la nature naturée comme dans la nature naturante.
La puissance de l'âme humaine se définit par la raison, et donc par la vertu. Spinoza envisage également la puissance de l'âme comme puissance d'imaginer : l'imagination comme positivité, comme affirmation de l'existence présente d'une chose singulière. Même la clémence, la tempérance, la sobriété, la chasteté sont considérées par Spinoza comme puissance de l'âme, c'est à dire non pas comme dispositions ou prédispositions mais actes suivant de la nature de l'âme, par lesquels elle s'affirme ou persévère dans son être.

Qualité - Quantité

termes rares dans l'œuvre de Spinoza, mais concepts constamment présents… L'auteur se distingue des grands rationalistes du 17° siècle par son intransigeance dans le refus de la "qualité occulte", symbole pour lui d'une vision du monde ancienne et périmée. Le spinozisme tout entier pourrait être lu comme une critique de la qualité.
Il construit tout d'abord la notion d'une qualité non occulte, "manifeste", de part en part objective et accessible à la raison. Le spinozisme aurait ainsi résolu la question de la "qualité occulte" en développant l'expression immanente d'une "nature naturante" qualitative dans une "nature naturée" quantitative. Double figure d'un Spinoza qualitatif, traditionnel et quasi mystique, et d'une Spinoza quantitatif, moderne, voire matérialiste.

Réalité (Perfection)

"Par réalité et par perfection j'entends la même chose". Ainsi Spinoza s'élève souvent contre le sens courant (valorisant) du terme "perfection", couramment rangé parmi les "modes d'imaginer". Spinoza reprend à Descartes non seulement l'identification des deux notions "réalité et perfection", mais aussi la notion de "degrés de réalité".

Utile (usage)

Une des notions centrales du spinozisme considérée du point de vue éthique. L'utile définit le "bon" et se lie à la "convenance en nature" ("à l'homme, rien de plus utile que l'homme…"), si bien que la recherche de "l'utile propre" coïncidant avec celle de "l'utile commun" est paradoxalement le fondement même de la moralité.
Cette notion d'utilité est associée à tous les concepts fondamentaux du système spinoziste. L'utilité est liée à la raison, non pas sous son aspect calculateur ou intéressé, mais moral ou absolu, et elle ne se distingue pas de l'être : en chacun la puissance, l'effort déployé à rechercher l'utile et la persévérance dans l'être sont strictement identifiés. De ce fait, "l'utile propre" est au fondement de la vertu et de l'accomplissement éthique : la connaissance de Dieu est "l'utile souverain" de l'âme, c'est à dire son "souverain bien" - si bien que la béatitude, la vertu toute entière se voient finalement rapportées à l'utilité.

Vie

On ne trouve jamais chez Spinoza de dialectique ou de "cycle" de la vie et de la mort. La mort n'y est pas le terme naturel de la vie, la vie ne provient pas de la mort, pas plus qu'elle ne profite à l'éviter. En ce sens la doctrine spinozienne n'est ni théologique, ni biologique, mais logique et ontologique, quand bien même il lui arrive d'être rapportée à Dieu. La vie est ramenée à l'effort universel des choses pour persévérer dans leur être : car Spinoza ne ramène pas l'être à la vie, mais la vie à l'être. "Ainsi plus nous nous accomplissons, c'est à dire plus nous sommes conscients de nous-mêmes, de Dieu et des choses, moins la mort nous concerne".

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