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L'univocité de l'Etre

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Notes introductives sur l'ontologie deleuzienne Chez Deleuze.
La question ontologique est pour le moins essentielle, car c'est une philosophie inspirée par une certaine conception univoque de l'Etre.
Quel est ce statut univoque ? (cf " Différence et répétition ") Il n'y a jamais eue qu'une seule proposition ontologique vraie : l'univocité, opposée à l'équivocité d'Aristote (l'Etre se dit en plusieurs sens... Catégories de substances, qualité, quantité...) divisant l'Etre et le scindant en genres d'être dont le lieu commun est un rapport d'analogie.
L'univocité, c'est l'Etre qui se dit en un seul sens.

C'est une proposition difficile à entendre dans la question de l'ontologie. C'est le problème du rapport de l'Etre et de ses différences, question fondamentalement deleuzienne, ainsi que celle de l'Un et du multiple.


Rappelons que le grand inventeur de l'univocité dans l'histoire philosophique est Duns SCOT (1266-1308), dont l'oeuvre est monumentale. Elle mènera à Spinoza, Nietzsche (Eternel retour), Bergson, ou Simondon '(" L'individu et sa genèse physico-biologique " - Editions Jérôme million). Il y a donc une franche tutelle de Duns SCOT : " Il n'y a jamais eue qu'une seule ontologie, celle de Duns SCOT " (cf texte " Ordination " = rassemblement de fragments philosophiques de SCOT.)


Que signifie univocité ?
C'est avant tout un renversement métaphysique/théologie : il s'agit de trouver non plus la première cause du monde, ou principe (tel étant en particulier, qu'il soit fini ou infini), mais ce qui est commun à toute connaissance, le concept le plus commun et doté de la plus grande universalité : le concept d'Etre. Toutes les déterminations supposent ce concept d'Etre, d'où l'absence de nécessité qu'elles partent d'oppositions : il faut retrouver ce plan commun, universel, la présence de l'être en toutes choses. Ainsi, la question théologique se subordonne à la question de l'Etre, dans une philosophie de la réduction : destruction métaphysique permettant d'atteindre un plan plus fondamental : l'Etre commun. C'est le concept le plus neutre de l'ontologie. C'est seulement à partir de lui que l'on va commencer à penser les différences. SCOT réduit l'ontologie à un chant assez monotone : " Une seule voix pour la clameur de l'Etre " dit Deleuze. Mais précisément l'ontologie deleuzienne n'a rien de monotone, car elle pense les différences.
En effet, l'univocité - comme attribuant le même Etre à tout ce qui est - pousse Deleuze à prétendre penser les différences de la meilleure manière qui soit, à partir de l'univocité elle-même.
Chez Aristote, la différence a toujours été ramenée à la définition du genre et de l'espèce :
  • Genre = concept indéterminé.
  • Espèce = le logos, réalité.
  • Différence individuelle = indéterminée.


L'individuation par la forme ou par la matière donc sont deux réponses qu'Aristote propose pour penser l'individuation au sein même de l'espèce. L'individu y est pensé comme une déficience de la forme par la matière.
Pour Deleuze, ce problème n'est pas bien pensé tant qu'on annexe la différence spécifique au générique. Très imprégné par la tradition philosophique, il commence donc son oeuvre par un dialogue avec Aristote, et lui reproche de ne pas réussir à penser correctement ni pleinement la genèse de la différence. La conception de l'Etre aristotélicienne est distributive et hiérarchique :
  • Catégorie – Analogies
  • Genres d'être
  • Différences spécifiques
  • Différences individuelles
Deleuze conteste cette distribution horizontale et verticale, où s'implante une impossibilité de comprendre la genèse de la différence. L'univocité, une seule voie exprimant tout ce qui est en un seul sens, désigne et renvoie à l'Etre comme un désigné commun de tout ce qui se dit; toutes les différences de celui-ci renvoient à ce désigné commun. Est-ce pour autant nier la différence ?
Ce n'est en tout cas pas une philosophie de l'identité, ou une ontologie de l'Un. Ce n'est pas une noyade de toutes les différences dans l'Un :

" " La philosophie se confond avec l'ontologie, mais l'ontologie se confond avec l'univocité de l'Etre. Celle-ci ne signifie pas qu'il y ait un seul et même Etre ". "


~ Un = Principe Un, on considère le seul Etre, reste ses différences internes.
~ Univocité = Toutes les différences sont externes et extérieures les unes aux autres, inégales, membres disjoints et épars, mais pourtant elles se disent en un même sens.



Trois grandes lectures deleuziennes : Nietzsche-Bergson-Spinoza



Rien à voir avec la phénoménologie, qui ramène toute connaissance à un problème de la conscience et de l'intentionnalité. Pour Deleuze, la conscience n'est absolument pas le début de la connaissance, qui est responsable de faux problèmes. La conscience est nécessairement conscience de quelque chose en phénoménologie, pour Deleuze la conscience est quelque chose, et renvoie à l'Etre, une fluction à l'intérieur du mouvement de l'Etre qu'il va falloir chercher à comprendre. Il en découle deux solutions philosophiques :
  • Soit on comprend le problème à partir de la conscience
  • Soit on cour-circuite celle-ci, en la replaçant dans le mouvement de l'Etre qu'elle ne fait que traduire.
L'ontologie deleuzienne n'est d'ailleurs pas du tout concernée par la révolution kantienne (ou sujet transcendantal), car elle veut rendre compte absolument de l'Etre : philosophie non-kantienne, non-phénoménologique, et non plus de la représentation et de l'esprit.



On constate sans cesse chez Deleuze une lutte avec la phénoménologie, il cherche à capter quelque chose d'infra-conscient, infra-individuel, une autre voie philosophique; il reproche à Heidegger d'ailleurs de n'être jamais sorti de la phénoménologie. Deleuze représente en somme une continuation d'une certaine philosophie française, notamment à travers Gabriele TARDE ("Monadologie et sociologie " Ed. synthelabo), dernière grande philosophie de la nature prônant un processus de différentiation, et ayant su fonder une cosmologie sur une micropolitique, ainsi que BERSON, la plus importante des sources deleuziennes, où tout se dit comme durée, sens univoque de l'Etre, définissant la réalité psychologique par un processus de compénétration d'états nommée “ Durée ”.



Une philosophie française donc, qui a résisté au kantisme, ne le rendant pas si nécessaire ni décisif, et conséquemment la révolution phénoménologique non plus. (Voir Jean-Christophe GODDARD " Eloge de la simplicité " - Essai sur la simplicité.)



Annexe : Gilbert SIMONDON



"L'Etre est relation"… C'est sa thèse centrale, et un incroyable énoncé ! Car l'Etre n'est plus substance (contre l'atomisme), cela rend donc possible le dépassement du substancialisme, et la compréhension d'un processus de l'Etre comme ontogénique, et non plus par de grossières différences substancielles. "L'univocité de l'Etre exige que l'on montre comment la différence individuante procède dans l'Etre de différences génériques spécifiques, et même individuelles". Nous sommes obligés de montrer des processus d'individuation dans la Nature, que la philosophie classique n'a jamais su montrer (Espèces & Genres). La philosophie de l'univoque est plus difficile que la philosophie analogique, car elle n'accepte pas de différences toutes faîtes en l'Etre, mais doit montrer comment il en procède lui-même en son propre intérieur.



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La philosophie de l'univoque est ainsi une logique de la soustraction de la différence à la question de la représentation, de "l'image de la pensée". Il faut donc absolument se dégager de la transcendance de la représentation, et étudier la question sur le plan de l'immanence : d'où les différences intensives de l'individuation de l'Etre, qualitatives.



D'après Deleuze, n'oublions pas, le seule philosophe à rédiger avec la plume de l'univocité, c'est Nietzsche: "L'eternel retour" est la réalisation effective de cette univocité.

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