Aller au contenu principal Aide Panneau de contrôle

Diaphora :: Blog Note

[Variations :: Philosophiques]

Phénoménologie «  

Introduction à la "Théorie du jugement"

Précédent / Suivant / Index

Critique de la Raison pure - Préface de 1787, E. Kant

theorie-jugement-kant.jpg

Depuis Aristote, la logique n'a pas fait de progrès. Elle a réussi car ses limites se situent sur le fait qu'elle ne s'interesse qu'à la forme du raisonnement (logique symbolique), et non à son contenu. En mathématique, on travaille sur des idéaux, des concepts, et cela fonctionne très bien : c'est donc un modèle de science qui pense "à priori".

Le premier qui démontra le triangle isocèle eut à construire ce triangle, et ceci est une véritable révélation : il ne s'est pas contenté de penser ni de suivre son idée de la figure, mais il a construit SON triangle, indépendamment de toute référence empirique puisque le triangle n'existe pas dans la Nature (c'est le "miracle grec" : nous construisons à priori un concept).

En physique, dévellopée de façon expérimentale à l'ère moderne, on a trouvé la voie d'une science en comprenant que c'est la Raison qui conçoit, elle ne voit que ce qu'elle produit elle-même : elle oblige la Nature à se soumettre à un projet mathématique d'intellection.

La Métaphysique, elle, n'a pas eu cette chance, car ici on ne peut s'engager dans la voie sûre d'une science. Produisant des concepts "à priori", les mathématiques et la physique sont devenues sciences grâce à ce mouvement de la Raison : Coppernic par exemple eut l'intuition que la Terre tournait plutôt que le soleil. Peut-être qu'en matière de connaissance métaphysique faut-il faire de même ..?

Il s'avère que, jusqu'au jour du moins où Kant l'écrit, d'un côté comme de l'autre, on pense que le sujet doit se soumettre à l'objet. Le sujet s'harmonise sur l'objet, pour les uns c'est Dieu qui règle cette harmonie, pour les uns c'est l'expèrience. Pour Kant, ce sont peut-être les sujets qui doivent graviter autour des objets, à la manière de la révolution coppernicienne… Faire tourner l'observateur lui-même autour du sujet comme Coppernic l'a fait avec la Terre. Dualité de facultés humaines :

  • Recevoir les objets au sein de la sensibilité (intuition empirique),
  • et faculté active de penser les objets. C'est l'Entendement.

Si l'intuition se règle sur les objets, elle ne concerne que des objets d'expérience : donc pas de conception "à priori". Si l'on admet que les objets se règlent et se donnent à notre intuition, l'Entendement devant également concevoir ce qui est donné à l'intuition, il est possible de parvenir à la connaissance : c.a.d. en dire quelque chose "à priori". D'où la nécessité de distinguer les choses telles qu'elles sont en soi et telles qu'elles m'apparaissent en tant que phénomènes. La sensibilité et l'Entendement sont ici deux sources de connaissances. L'expérience ne suffit pas, il nous faut l'Entendement pour constituer l' "à priori" : penser les choses telles qu'elles me sont données sensiblement.

Enfin, nous avons aussi la "Raison pure" elle-même, celle qui se situe au-delà de l'Entendement : elle conçoit des objets au-delà du champ de l'expérience possible, ces objets que Kant nomment des "Idées", sont de purs objets de pensée. Toute connaissance commence avec l'expérience, cela ne prouve guère qu'elles dérivent toutes de l'expérience. L'expérience est un enseignement premier, une richesse infinie de découverte, une source intarissable, certes, mais non le seul lieu de la connaissance : elle dit ce qui est, mais pas ce qui doit être. L'Entendement ne saurait se laisser enfermer dans l'expérience, car elle ne livre aucune loi, aucune nécessité, aucune Universalité. La Connaissance doit aller chercher ailleurs que dans la contingence de l'expérience (les connaissances dérivant de l'expérience sont "à posteriori").

D'où vient donc cette Connaissance "à priori" ? Le pouvoir de connaître est frappé par le "Sentir immédiat", mais cela ne suffit pas. Il s'agit de déterminer une forme de connaissance qui n'a rien à voir avec la source empirique, alors que d'un autre côté l'expérience semble être l'unique terreau de la connaissance (Cf. conflit Empirisme/Rationalisme). Les mathématiques présentent un avantage énorme en ceci que ses objets n'ont rien à voir avec le sensible, leur Réalité est adéquate avec l'Idéalité. L'Esprit mathématique est créateur en quelques sortes, c'est un privilège de la connaissance mathématique que de pouvoir s'affranchir des contraintes de l'Empirisme. C'est pourquoi par exemple il est possible en mathématique de raisonner avec justesse sur une figure fausse; on peut quitter le monde sensible et se risquer dans le vide de l'Entendement pur par transgression du champ de l'expérience pour s'élever jusqu'au suprasensible. C'est l'"Illusion de l'apparence transcendantale" chez Kant : le Destin ordinaire de la Raison humaine, qui est de croire en la Liberté totale de l'Homme de s'élever vers l'au-delà du sensible…

La Théorie du jugement

Penser c'est Juger : mettre en relation un sujet avec un prédicat.

  • Ou bien ce prédicat est inclus dans le sujet, et le jugement analyse et développe le contenu du sujet : C'est le Jugement analytique, explicatif, élémentaire,
  • ou bien le prédicat y est extèrieur, et le jugement est synthétique, extensif, le prédicat ajoute quelque chose.

Exemple : "Tous les corps sont pesants" : notion de pesanteur qui vient s'ajouter accidentellement. L'Expèrience est un "x" extèrieur au concept qui suppose une possibilité de relation entre le sujet et le prédicat.

Il y auraient donc en premier lieu des jugements "à posteriori" : synthétiques; Et des jugements " à priori" : analytiques ?

Kant pense que les choses ne sont pas aussi simples : il y a des "jugements synthétiques a priori".

Exemple : 7 + 5 = 12 n'est pas un jugement analytique. Dire 12 est dire plus que 7 + 5 : Le 12 est un prédicat "à construire" (dans le Temps). L'identité produite est que la somme 12 est une construction. Aussi, le concept de "Droite" est-il construit dans l'Espace : donc pour produire des objets mathématiques, j'ai besoin de prédicats. La science mathématique est une connaissance rationnelle par construction d'objets dans l'Espace et dans le Temps ("a priori").

Alors, de tels jugements sont-ils légitimes en métaphysiques là où ils le sont en physique ou mathématique ? Quelles sont les conditions de possibilités de tels jugements ?

Selon Kant, la métaphysique jusque là n'a pas vu qu'il existait des jugements synthétiques et aussi analytiques. Sa faiblesse est de croire que l'on peut s'élever par purs concepts jusqu'au suprasensible, les mathématiques étant un modèle, comme chez les rationalistes. Dans le Rationalisme comme dans l'Empirisme, la métaphysique souffre de limites qu'on lui impose. La Métaphysique en effet n'est pas donnée au même titre que les autres sciences; C'est une disposition naturelle de la Raison à se poser des questions (immanentes à la Raison, que Kant nomme "les Idées" : concepts spécifiques que produit la Raison pure dès qu'elle va au-delà du champ empirique.). Cette métaphysique se heurte donc à des contradictions, car il y a autant d'arguments pour dire oui que pour dire non , le dilemne qui en résulte est donc le suivant : Exigence de la Métaphysique vs Capacité de la Raison ? La Critique, ici, veut mettre fin à cette crise de la métaphysique en se posant comme propédeutique à la Métaphysique comme science. La Critique s'attachera ainsi à déterminer la capacité de la Raison à s'atteler à la Métaphysique. Ce sera la "Dialectique transcendantale".

La Critique devra s'ériger en un canon, un ensemble de règles d'usage, propédeutique à la Philosophie transcendantale.

Quelle sont les formes "a priori" de la connaissance ?

Il y a dans le sensible un élément qui n'est pas empirique, qui est pur et "a priori". Le point de départ est l'intuition (ce qui se donne à voir), vision, ou connaissance immédiate de l'objet. L'intuition est toujours empirique, jamais intellectuelle, car pour qu'il y ait "intuition" il faut qu'il y ait un objet qui nous soit donné dans l'Expèrience. Donc, premièrement, seule la sensibilité (capacité de recevoir des objets par notre affect) engendre l'intuition. Deuxièmement, nous avons une seconde faculté, celle qui érige ces objets en concepts, qui les pense : c'est l'Entendement et son pouvoir de former des concepts.

Puis-je donc penser des objets non-empiriques ? Oui, mais sans en avoir une véritable connaissance., car l'Homme est assigné à la sensibilité et l'Entendement perçoit celle-ci en tant que telle.

" On nomme phénomène ce que nous percevons en tant que nous somme assignés à la sensibilité. "

Ainsi, ce fait induit 2 éléments : l'Espace, et le Temps. Il s'agit avant toute chose de distinguer la "matière" (sensation), de la Forme : l'Immédiat est déjà construit, coordonné, jamais livré à l'état brut car la Forme est la condition de l'intuition ; elle met en forme l'objet senti, nous dépassons ce que nous sentons vers un ensemble nommé "Expèrience".

On appelle "intuition pure" la forme a priori de la sensation, et c'est ici la grande découverte kantienne : il y a une forme pure de la sensibilité. Et la science qui s'occupera de cette forme pure de la sensibilité sera "l'Esthétique transcendantale". Les deux formes pure de l'intuition sont l'Espace et le Temps : il y a de l' "a priori" au cœur du sensible, du sensible pur, du "sensible non-sensible" en quelques sortes.

  • L'Espace "C'est la forme du sens externe." Les objets sont hors de nous et se situent dans l'Espace. C'est la forme de l'extériorité.
  • Le Temps sera donc la Forme du sens interne : la faculté qu'a l'Esprit de s'auto-intuitionner dans le Temps.

C'est grâce à l'Espace que je détermine la grandeur et le visage de l'objet. A partir du Temps, je m'auto-détermine, j'appréhende mes propres vécus psychiques. L'Espace n'est pas un concept empirique : c'est une forme a priori qui sert de fondement à toutes les intuitions extérieures, nécessairement ; une représentation a priori qui sert de condition de possibilité de phénomènes extérieurs.

On voit donc ici se profiler la raison de la possibilité de la géométrie : science qui construit des "a priori" dans des représentations spatiales, chose impossible dans une conception empiriste de l'Espace. Il est possible de concevoir des relations spatiales car l'Espace est une connaissance "à priori" par construction de concept. L'Espace n'est donc pas un concept discursif, mais une pure intuition. On ne peut se représenter qu'un seul Espace, il est essentiellement "Un", ce n'est pas une simple relation formelle, mais une détermination intuitive. C'est cet Espace unique que je relativise et qui engendre des parties du Tout : ce Tout est "Universum". C'est un Tout "hôlique" (structurel), et non "panique" (additionnel), et c'est cette catholicité qui l'institut comme un "Universum" ouvert au monde, me libérant de ma subjectivité puisqu'il est "hors-de-moi" . Il est grandeur infinie, ordonnant le sensible, et par lequel je subsume le multiple sous cette unicité, cette unitotalité donnée avant le sensible.

L'exposé transcendantal de Kant établit donc que l'intuition fonde la connaissance "a priori" ; l'Espace n'est pas une propriété des choses, ni la simple relation des choses entre elles, mais véritablement la Forme des phénomènes qui sont objets de notre sensibilité. Le Temps lui non plus n'est pas un concept empirique : c'est un fondement "a priori" qui soutient l'appréhension de continuité de tous les phénomènes. Le Temps ne peut être supprimé, or, les phénomènes le peuvent : un Temps où il ne se passe rien par exemple. Il est unidimensionnel, car même si des temps différents sont successifs, ils sont les temps de Temps : il est donc lui aussi doté d'une unitotalité, d'une unicité intuitive et formelle; C'est à l'intérieur du Temps que je découpe des temps différents : ainsi, là où l'Espace est "Universum", le Temps est "Quantum".

Il rend donc possible des jugements et des connaissances basés sur des concepts dont l'arithmétique, par exemple, se sert. Le Temps, au travers de l'arithmétique, pense le changement, le Devenir : A = A en T1, mais A n'égale pas non-A en T1 mais plutôt en T2. Le Temps est lui aussi la condition subjective sur laquelle l'intuition des choses fait place en nous; Il est aussi le Moi, l'Ego empiriquement parlant, Moi qui ait un vécu se déroulant dans le Temps ("Conscience intime du Temps", Husserl) : nous nous le représentons selon une ligne courant à l'Infini, dont les parties sont successives. De plus, nous pouvons traduire cette intuition temporelle dans une intuition spatiale : une ligne. Tous les phénomènes sont soumis à des rapports de temps.

Le Temps et l'Espace demeurent objectifs par rapport aux phénomènes, ils ont une Idéalité transcendantale ET une Réalité empirique. L'intuition pure est donc ici chez Kant un mode de donnation directe, ou immédiate, en dehors du concept. Notre sensibilité n'est donc pas une vision confuse des choses (Cf. Leibniz, pour qui le sensible et l'intelligible seraient à des niveaux différents de vision claire.).

La différence kantienne entre le sensible et l'intelligible est une différence de Nature, donc différence transcendantale. L'un n'est pas confus par rapport à l'autre, l'un est distinct de l'autre.

Précédent / Suivant / Index