Aller au contenu principal Aide Panneau de contrôle

Diaphora :: Blog Note

[Variations :: Philosophiques]

Philo du Vivant «  

Notes introductives à la pensée de Hans Jonas

Précédent / Suivant / Index

Le phénomène de la vie (1966) est un ouvrage qui préfigure une réflexion lumineuse, savante, et profondément enracinée dans la modernité du 20ème siècle. Du phénomène du vivant lui-même jusqu'à, graduellement, la possibilité de la Liberté ouvrant enfin l'Humanité à un principe (Responsabilité) dont l'étayage philosophique assurera une renommée mondiale à son auteur, Hans Jonas déploie une pensée d'une grande homogénéité, de la phénoménologie à la théologie.
Nous conseillerons donc aussi pour aller plus loin :
* Le principe responsabilité (1979)
* Evolution et liberté (année 80)
* Le concept de Dieu après Auschwitz

Une nouvelle problématisation de la vie

Lorsqu'on affronte le problème de la vie, on affronte des thèses métaphysiques; même la physique a ses croyances injustifiées. Exemple : 2 thèses occidentales majeures :

  • L'idée antique selon laquelle l'organisme préfigure l'esprit. Intelligence animale, organique : philosophie d'ordre vitaliste. L'esprit se déduit par l'organisme, et donc se réduit à la matière. La tradition comme le matérialisme sont des métaphysiques de la réduction.
  • Ce débat est une toile de fond de tous les débats métaphysiques, qui va éclater avec le cartésianisme : séparation âme / corps.

Peux-t-on s'en tenir à un paradigme ou à un autre ? Chacun laisse quelque chose de côté. Aujourd'hui le paradigme mécaniste domine depuis l'essor scientifique des 16 et 17ème siècles. Victoire progressive de ce paradigme sur tous les autres : "La vie n'a pas d'essence autre que la matière." Le courant vitaliste, grand courant de l'Histoire de la pensée occidentale, se meurt.

Au 19ème arrive la psychologie : une compréhension de la spécificité de l'Esprit, tentant d'appréhender l'Esprit en psychologisant le comportement du sujet. Jonas va affronter ces thèses hyper réductrices en proposant une phénoménologie de la vie. Il y a un témoignage de la vie dont on ne peut se passer; celui qui pense la vie ne peut faire abstraction de lui-même en tant que sujet vivant.

Il y a une causalité irréductible : nous sommes des sujets en perpétuel effort en tant qu'êtres vivants, témoignant de la présence du désir, du besoin, dont la science physique ne peut expliquer la provenance avec ses propres schémas. Penser la vie, c'est penser ce qui se donne à la vie. C'est un principe majeur pour Jonas, mais appliqué déjà par Nietzsche, Bergson, ou Whithead.

  • Nietzsche : au § 36 de "Par delà le Bien et le Mal". Hypothèse de la volonté de puissance qui commence par la supposition de ce que veut la vie.
  • Bergson : dans les données immédiates de la conscience se donne la durée, qui est impensable pour la physico-psychologie.
  • Whitehead : dans "Procès et réalités" pose la question de ce que nous montre l'expérience à travers la réalité physique. Elle ne nous montre pas la même chose que la science.

La Nature, ce n'est pas des choses, ni des substances, c'est un devenir, un processus fondamentalement en route. Pourquoi décapiter le cosmos de ses strates non-matérielles ? Le cosmos n'est pas seulement matière inerte : nous habitons un cosmos qui donne lieu à la vie. Jonas questionne ce concept de matière défini comme une idée de causalité matérielle aveugle, sans fin, qui a fait naître accidentellement la vie et la pensée. Il demande s'il ne faut pas tout de même que la matière possède en soi, en sa substance physique, une capacité à faire naître la vie. Si c'est le cas, n'a-t-elle pas déjà des propriétés qui se rapprochent de la vie et de la pensée ? (Cf. Diderot : "matière sensible") Ne doit-on pas supposer alors en elle une causalité dynamique et non aveugle, inerte ? Réfléchir à partir de la vie sur la matière dépasse le statut physique de la matière (d'où l'impuissance de la science physique face à cette interrogation).

Alors, finalisme de la matière ? Matière orientée vers la vie ? Finalité ou pas de la Nature ? Si l'on ne tient pas compte du témoignage de la vie et de la pensée, le cosmos apparaît totalement inintelligible. Prendre en compte ce témoignage c'est faire l'effort de méditer une nouvelle fois ce qu'est l'"Etre" (on trouvera un  voisinage certain avec L'univocité de l'Etre de Deleuze); car c'est dans sa partie la plus basse que le monde nous est apparu intelligible : le seul intelligible, paradoxalement, demeure le moins intelligent. Donc cette manière de rendre le monde intelligible se fait au détriment même de notre réflexion sur la vie, et l'Etre. Ce paradigme scientifique rend le monde intrinsèquement inintelligible. Jonas rénove l'ontologie moderne qui jusque là est une "ontologie de la mort ", de l'inerte. Mais l'ontologie antique reprend sa place en tant que pensée incapable d'appréhender la matière : ontologie de la vie / ontologie de la mort.

Quelle solution pour échapper à ces ontologies monistes ? Elles rendent impensables la question du cosmos. En outre une ontologie moderne digne de ce nom à l'égard de cette question du cosmos se doit d'inclure tous les êtres, et leurs différences physiques, organiques, psychologiques. Il faut réfléchir ontologiquement à un Etre qui admet toutes ces propriétés :

" "La position centrale du problème de la vie ne signifie pas seulement qu'il faut lui accorder une voie décisive quand il s'agit du problème d'une ontologie donnée, mais aussi tout traitement de ce problème doit convoquer le tout de l'ontologie." (p55) "

Précédent / Suivant / Index