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Philo du Vivant «  

L'échelle des Etres

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Ces notes sont la suite logique des Notes introductives à la pensée de Hans Jonas

Depuis le "De anima" de Aristote, il y a une échelle de la nature, avec quatre Niveaux :

  1. Nutritif (vivant en général)
  2. Sensitif (ensemble des animaux)
  3. Appétitif (animaux locomoteurs)
  4. Intellectif (animaux doués de raison)

Ici l'inférieur est toujours conservé dans les niveaux supérieurs dans un emboîtement formant une hiérarchie : le quatrième implique le troisième incluant le second qui lui-même implique déjà le premier.

Jonas pense cet emboîtement comme une libération progressive de l'action : un degré croissant de perception du monde, allant vers l'objectivation la plus large et la plus libre de la totalité de l'Etre. Une perception de plus en plus complète, et une possibilité d'agir sur le monde de plus en plus totale : contemplation, et action; une "insémination progressive de la Liberté dans la nécessité" (Bergson).

Pour Jonas la philosophie doit réfléchir sur cette échelle qui culmine sur la Nature. La contemplation et l'action sont deux propriétés de la pensée humaine. Il faut aussi interpréter le passage d'un niveau à un autre, dans l'hypothèse d'une continuité entre ces strates : "La nature est continue".Max Scheller a écrit avec une intuition très juste "La situation de l'Homme dans le monde" : la Nature n'est pas un empilement de strates qui ne communiquent pas, car nous sommes la preuve vivante qu'elles communiquent; "L'Homme est la plus intime unification de toutes les régions essentielles de la Nature"... ou autrement dit le maximum de complétude ontologique.

Comment expliquer cette intégration par strates donc ? L'hypothèse métaphysique de Scheller est le repliement progressif de l'Etre primordial sur lui-même, où chaque niveau supérieur redistribue la puissance aux niveaux inférieurs. Il accorde à l'Etre un pouvoir d'implicivité, qui se découvre à travers l'Histoire de la constitution des formes d'intériorité, jusqu'à l'Esprit, qui est aussi une redistribution des formes organiques. Il comprend l'Etre donc à la fois comme pulsion et esprit. La situation de l'Homme dans le monde réclame donc une anthropologie philosophique nécessaire, c'est à dire une explication du monde avec la compréhension de l'Homme comme point de départ, l'Homme qui intègre en lui toutes ces strates naturelles; en tant que l'Homme récapitule le mouvement de la Nature, tout le domaine de l'expérience humaine peut éclairer en retour ce mouvement : totalité physique, organique, psychique, il montre une individualité de désirs, de pulsions, d'effort, d'action et de liberté, qui peut nous renseigner sur la manière dont l'Etre a procédé de lui-même.

Ainsi Jonas n'hésite pas à réhabiliter l'anthropomorphisme comme mode de connaissance : ce qui se rencontre dans l'Homme doit se rencontrer dans la Nature. L'Homme semble être alors la "mesure de toute chose". En tant que point culminant de la Liberté, on en déduit que toute matière est une "liberté en sommeil" (Bergson). Si l'on part de l'Homme et de l'expérience humaine, que peut-on inférer au sujet de ce qui est ? La méthode anthropomorphiste conçoit que l'Homme représente le maximum de complétude ontologique : nous pouvons déterminer l'inférieur à partir du supérieur, par réduction (l'inverse de la méthode scientifique), là où la science ne se sort pas de ses contradictions quand elle affronte la question de la vie : il y a un abîme entre la matière et la vie, phénomène du vivant encore inexpliqué à ce jour... ("On attend encore le Newton du brin d'herbe" - Kant)

La pensée est un écho à une structure neuronale, où l'on passe du physique au spirituel. Au regard de ce problème, il y a deux méthodes de recherche :

  1. La Nature, soumise au déterminisme, qui se complique progressivement de la matière inerte à la vie : obéissance aux lois de la matière qui contredit radicalement notre expérience de la vie.
  2. Expérience de la causalité individuelle, de l'intériorité (la conscience), à partir de laquelle chaque strate inférieure est comprise comme une liberté qui s'amenuise : intériorité vitale et matière qui sont peut-être plus apparentées qu'il ne semble à la structure de la conscience.

Pourquoi partir du corps (sans lequel nous ne serions pas inscrits dans le cosmos) ? C'est notre pouvoir actif, nous faisons l'expérience d'une force : celle de la causalité. La causalité n'est pas une base a priori de l'expérience, c'est elle-même un principe de base; elle a son siège dans les formes (image dynamique du monde). Jonas s'explique : il fait de la causalité l'expérience que j'ai du monde, l'expérience de base. La manière dont je suis au monde est causale, c'est à dire que j'exerce une force sur le monde, je suis cause de mes actions De plus, l'expérience de cette force est sentie en tant qu'elle s'applique à une résistance, résistance qui témoigne de cet exercice de force : je suis à la fois action et résistance, liberté et nécessité, cause et effet. Je suis effort. Jonas rattache cette expérience de l'effort au corps en tant que processus dynamique toujours en interaction avec le milieu, cherchant à transcender le milieu : le corps est cette limite intérieur / extérieur, cette structure dialectique de force à la base de l'image que j'ai du monde, qui est également un principe dynamique : le monde, constitué de la même façon que celle dont l'individu constitué.

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